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Prostitution étudiante : le témoignage de Laura D.

 
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Sourav
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PostPosted: Sat Feb 02, 2008 1:16 pm    Post subject: Prostitution étudiante : le témoignage de Laura D. Reply with quote



Prostitution étudiante : le témoignage de Laura D.

Pendant sa première année de Fac, Laura, 20 ans, accumule les factures impayées et boucle difficilement les fins de mois. Confrontée à la précarité, elle se prostitue pour payer ses études. Une expérience bouleversante qu’elle dévoile aujourd’hui dans un livre,intitulé "Mes chères études". Une façon d’exorciser, peut être, et de témoigner, surtout, pour "ne plus fermer les yeux". Rencontre avec une jeune femme qui brise les tabous.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?
« J’ai voulu signaler une situation dont on parle peu : la prostitution étudiante. Rares sont les témoignages sur la question et c’est dommage. Aujourd’hui, je partage ma propre expérience pour qu’on ne ferme pas les yeux sur une pratique qui existe, malgré la discrétion qui l’entoure. Quand on est étudiant et qu’on est confronté à la précarité, c’est une des solutions pour s’en sortir. On choisit de le faire en connaissance de cause, mais à un moment donné quand on a faim et des factures à payer, est-ce que c’est vraiment un choix ?

C’est une série de jolies rencontres qui m’a donné l’envie et le courage d’écrire ce livre. D’abord celle de Marion Kirat, étudiante et journaliste pour le site contrepoint.info. J’ai été interpellé par un de ses articles, publié en février 2007, sur la prostitution étudiante et je l’ai contacté pour en discuter. On a estimé toutes les deux que c’était un fléau à combattre. Un sentiment partagé par un éditeur de la maison Max Milo. Cette deuxième rencontre a précipité la publication du livre. »

Comment concilier un job étudiant et ses études ? Quelles solutions peut-on trouver pour résoudre la question de la précarité étudiante ?
« Avoir un job étudiant, si tant est qu’on puisse en avoir un, ça implique du temps, de l’engagement et ça empiète forcément sur les études. On doit jongler entre deux circuits, le circuit professionnel et le circuit universitaire, et ce n’est pas toujours facile de passer de l’un à l’autre.

En ce qui concerne les solutions, alors là, je ne voudrais pas rentrer dans un discours politique. Je ne veux pas parler au nom des étudiants, je veux juste ouvrir un débat. Si le livre pousse le gouvernement à se pencher plus avant sur la précarité étudiante qui peut amener à la prostitution, c’est bien. C’est tout le sens de ma démarche. J’espère qu’on trouvera des mesures adaptées et que des changements concrets viendront améliorer le quotidien des étudiants. »

Au cours de votre première année universitaire, comment avez-vous passé le cap de la prostitution ?
« En ce qui me concerne, ce sont des raisons financières. Les frais universitaires sont élevés. Il y a l’inscription, bien sûr, mais aussi une foule de frais annexes qu’on n’anticipe pas forcément. Je pense aux livres, par exemple, qui sont disponibles à la BU mais pas en nombre suffisant pour être consultés par tous. A côté de ça, il faut payer ses courses, son loyer, les factures, un prêt étudiant si on en a contracté un… Et puis on a envie de sortir et de profiter, c’est bien normal. De vivre tout simplement. Alors, au bout d’un moment on cherche des solutions, un petit job qui prend beaucoup d’heures dans la semaine et ne rapporte pas beaucoup, et on se rend à l’évidence, nos poches sont toujours vides.

En surfant sur Internet à la recherche d’un travail, je suis tombée sur des sites avec ces annonces proposant des rapports tarifiés. Parfois dans des rubriques en apparence anodine telles que “service à la personne” ou “ménage”. Et une semaine après, j’angoissais de ne pas avoir d’argent et j’ai sauté le pas. »

Qu’est-ce qui pousse à continuer ?
« L’argent. On ne peut pas dire qu’il soit facile à obtenir vu l’effort qu’il demande, mais rapide oui. Et puis c’est grisant de se retrouver un jour avec de grosses sommes. Après ma première expérience, j’ai eu ce besoin de faire des achats. C’était compulsif. Alors, quand on se retrouve sans rien après plusieurs mois, on recommence.

Et puis d’un autre côté, il y a Internet qui banalise tout. Les clients sont plutôt des hommes avec un statut social important dans la société. Ils ont de l’argent et les moyens d’assumer des tarifs élevés, (entre 100 et 300 euros de l’heure). Pour eux, c’est avantageux que cela reste confidentiel et secret. »

Quelles sont les conséquences d’une prostitution occasionnelle ?
« Ce n’est pas forcément évident de les mesurer pleinement. En tout cas, je ne me doutais pas de ce qui allait arriver avant de commencer. La domination financière, qui s’établit dans la relation, dénature complètement le rapport. Cette pratique est extrêmement violente. C’est très dur de se retrouver devant un homme d’une cinquantaine d’années, nu, et de devenir un objet de fantasme. Les conséquences sont dévastatrices pour se construire en tant que femme. Psychologiquement et physiquement, c’est d’autant plus dur pour avancer dans la vie.

A ceux qui se retrouvent dans cette situation, je ne donnerais pas de conseil car ce n’est pas mon rôle mais je rappellerais que ce n’est pas un acte anodin. Jamais. »

Comment vivez-vous aujourd’hui ? Quels sont vos projets ?
« Je suis toujours étudiante et je galère toujours pour vivre et faire face à toutes les pressions financières que rencontrent les étudiants. Mais je ne me prostitue plus. Comment je m’en suis sortie ? Il n’y a pas de solution toute faîte. Au bout d’un moment, je n’arrivais plus à me regarder dans une glace et j’ai réalisé que je ne voulais plus de toute cette violence, quitte à galérer. Un déclic s’est produit et je me suis libérée de l’engrenage dans lequel j’étais tombée.

Aujourd’hui, j’appréhende les choses différemment. J’aspire à réussir mes études et à travailler dans un milieu qui me conviendra. »

Quel regard portez-vous sur la médiatisation qui entoure la sortie de votre livre ?
« Honnêtement je ne m’attendais pas du tout à l’ampleur que ça prend actuellement. Ca dépasse même les frontières. Je réponds à des interviews pour la Grande-Bretagne, l’Italie, ou encore le Japon. C’est compréhensible dans un sens, c’est un problème qui n’est pas propre qu’à la France. J’avoue que j’ai eu peur et au début et je refusais de parler à quelque média que ce soit. Mais d’un autre côté, la médiatisation me permet de faire entendre mon message et d’encourager les étudiants à s’exprimer.

Et cette ampleur médiatique prouve au moins une chose, c’est qu’il y a bien un problème et qu’il est bon d’en parler. »
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